esthétique
Ruines Champa à My Son
Étant tout près de là (à 55 km), une visite aux ruines Champas situées dans la village de My Son apparaissait comme un incontournable. Je suis donc parti à 5:15 AM de Hoi An afin de compléter la « ride » de 75 minutes en motorbike. Le périple matinal en a valu le coup. J’ai pu parcourir le site classé Patrimoine mondial de l’Unesco sans qu’il n’y ait aucun autre visiteur dans les parages.
Ce que j’ai découvert m’a stupéfait; des bâtiments érigés par le peuple cham datant du 9e et 10e siècle. Le plus étonnant fut de retrouver un genre d’imagerie et des structures que l’on s’attendrait à retrouver à Angkor au Cambodge ou en même Ayutthaya en Thailande, mais pas au Vietnam. C’est que le peuple cham a véçu dans ce territoire depuis le 2e siècle avant d’être absorbé par la culture vietnamienne au 17e siècle. Mais pendant cette période, ils ont pu prospérer grâce au commerce, avec au nord les Vietnamiens et au sud les Khmers. Les échanges commerciaux expliquent également leur culture, ils ont adopté l’hindouisme, emprunté l’imagerie de l’art indien et utilisé le Sanskrit comme langage sacré. C’est pourquoi ces ruines sont imprégnées d’images de Shiva et de Ganesh, avec des lingas et des Yoni, des éléphants, des motifs floraux, etc.
Il est aussi étonnant de parcourir ce lieu alors qu’il fut abondamment bombardé par les troupes américaines lors de la guerre du Vietnam il y a près de 40 ans. En effet, les Viet Cong trouvaient que ce site offrait une position stratégique idéale. De ce fait, plusieurs centaines de personnes sont mortes et nombres de structures ont été détruites ou mises à terre par les bombes et les combats (voir image #3 du cratère).
Malgré ces atrocités, la beauté du site perdure encore aujourd’hui. Il n’est pas étonnant de comprendre pourquoi ce lieu fut choisi : la position au centre de la vallée, entouré des montagnes, situé au confluent des sources et des rivières. Et l’endroit est magnifique.
Détails intéressants sur les objets et statues retrouvés sur le site (selon des écoutes subtiles de quelques guides touristique) :
Premièrement, la grande quantité de vasques cérémoniales étant réservées aux rituels de bénédiction des eaux. De l’eau prélevée d’une source sacrée était déversée sur les Linga (pénis de pierre) qui ensuite s’écoulait dans le canal à la base (représentant le Yoni, ou le sexe féminin). L’eau qui s’échappait de ce canal sacré était ainsi bénie, et on l’utilisait pour fertiliser symboliquement les semences et les champs.
Deuxièmement, les statues qui ornent les temples ont majoritairement la tête manquante. Pourquoi? Une des explications est que pour les Chams, l’esprit ne peut habiter le corps si la tête n’y est plus attachée. C’était donc coutume pour les vainqueurs d’arracher la tête des statues des divinités ennemies afin qu’elles ne puissent pas se relever; afin que les combattants déchus ne puissent revenir dans leur corps pour les défier à nouveau.
Rayon de bonhomme d’hiver
Ça faisait très longtemps que je n’en avais pas vu dans la ville, de petits bonhommes de neige spontanés. Ça m’a fait une joie immense de les voir les deux ensembles.
Un rayon de soleil dans cette grisaille de janvier.

Carrière de Wakefield
Quelques images d’un safari-photo dans le bâtiment (semi) abandonné de la carrière de Wakefield. Texture, patine, espace et lumière.
- © Jean-Francois Lacombe
- © Jean-Francois Lacombe
- © Jean-Francois Lacombe
- © Jean-Francois Lacombe
- © Jean-Francois Lacombe
- © Jean-Francois Lacombe
- © Jean-Francois Lacombe
François Caron, membre honoraire de S27
François est ingénieur et designer, Papa de deux petites filles et surtout, un très bon ami à moi. Nos parcours se sont croisés lors de notre DEC en design industriel au Vieux-Montréal. Depuis, François a toujours été aux premières lignes lorsqu’il s’agit de valider les concepts et la matérialité des projets du Studio 27 depuis ses tout débuts. Ses observations critiques et ses idées ingénieuses ont toujours su amener les projets vers des cieux plus pertinents. Voilà pourquoi j’ai décidé d’en faire le premier membre honoraire à vie de S27.
Notre dernière discussion tournait autour du peu d’importance que nos dirigeants semblent pouvoir accorder à l’image qu’un ouvrage ou un bâtiment peut avoir et surtout à l’aura qu’une telle image peut apporter à une ville. En particulier ici la ville de Montréal. Plusieurs projets d’infrastructures et des ponts reliant l’ile de Montréal sont à l’étude et nous nous questionnons sur comment cette dimension semblait être abordée.
Il est évident qu’un pont doit posséder un bon design (structurellement, matériellement, environnementalement, d’une urbanité réfléchie, etc.). Mais un aspect qui semble être évacué avec notre réflexe du vite, bon pas trop cher est l’aspect esthétique, l‘expérience esthétique que ces ouvrages peuvent revêtir.
Cet aspect n’est nullement à négliger.
Les gens se déplacent-ils pour visiter la tour Eiffel (qui rappelons le devait être un ouvrage temporaire pour l’expo universelle de Paris de 1900?) Est-ce que l’icône du Brooklyn bridge n’est pas reconnu mondialement? Cette dimension (l’expérience esthétique, l’image, l’icône) a une portée tellement forte pour une ville. Ces points de repère deviennent des signes identitaires puissants et reconnus.
Pourtant, les fonds sont toujours amputés lorsqu’il s’agit de réfléchir à cette question (pensons aux fameux parements de verre de la grande bibliothèque, initialement prévus en cuivre -qui possédait une durée de vie beaucoup plus grande soit dit en passant-, mais amputés pour faute de budget… combien sont tombés à ce jour)?
Ceci m’est difficile à comprendre dans une société de l’image comme la nôtre.
Je pense que cette dimension était plus naturelle chez les anciens. Lorsqu’il s’agissait de faire un objet, ils y mettaient du coeur, de l’expérience (savoir-faire) et une sensibilité qui faisait preuve d’une proximité avec les phénomènes naturels et surtout avec tout le processus qui prenait essentiellement du temps. Si produire quelque chose prenait un certain temps, autant pour l’artiste d’y trouver du plaisir et d’en faire un bel objet, non?
Peut-être que le processus était aussi important que le produit final?
être – faire – avoir
Expérience esthétique de la ruine
Je suis frappé par l’ouvrage Ruine de Sophie Lacroix. J’étais tombé sur ce petit livre au Centre George Pompidou ce printemps et il jonchait sur le dessus de ma pile «à lire» depuis.
Hier, j’ai presque totalement dévoré ce petit manuscrit d’une centaine de pages écrit par une professeure qui se spécialise dans le sujet.
Ce qui est bien, c’est qu’elle ne fait pas exclusivement référence aux ruines telles que représentées dans les oeuvres d’art, mais s’attarde plutôt sur le concept opératoire du sujet; la signification de la ruine pour l’être humain et son importance vitale dans le processus d’émancipation et comme processus archaïque.
L’expérience des ruines serait une expérience du sublime beaucoup plus qu’une expérience esthétique, dans ce sens que la ruine nous donne à voir tout le possible de ce qui n’est plus, d’un commencement idyllique.
«…les ruines sont moins un spectacle qu’une expérience, car celui qui contemple est touché et transformé.»
C’est la force d’attraction de la ruine. Cette proximité avec le désastre, mais également notre distance face à celui-ci. C’est que la ruine s’attarde à toucher notre imaginaire, à le nourrir d’impossible et de possible. Ce sont des lieux où tout demeure concevable. Voilà pourquoi la ruine vient tant nous chercher et nous saisir intérieurement.
Par ailleurs, il est fascinant de constater qu’un changement de paradigme de la ruine s’est opéré avec l’avènement des guerres mondiales. En effet, les ruines ont pris une tout autre signification, amplifiant plutôt le sentiment de disparition lié avec elles. «… les ruines de guerre ne disposent plus à rêver à d’autres réalités, mais forcent à reconnaitre l’effet de violences trop humaines.»
C’est peut-être un héritage collectif qui contribue à ce que notre société moderne soit fascinée par le neuf et a peur qu’une patine du temps s’inscrive sur toutes choses (humaine ou matérielle). Dans son absence, la ruine ne peut plus opérer sa fonction primordiale et nous enseigner «l’expérience de la perte».
Spéculation intuitive.
Pourtant, les artistes et architectes contemporains ont compris l’importance des friches industrielles et surtout de leur réactualisation à travers des projets de réhabilitation et de réappropriation de ces lieux. Une sorte de conjuration afin de se libérer des utopies (modernes) qui ont engendré ces paysages désolés.

Ruine
Ruine
L’esthétique de ruine me fascine beaucoup.
D’abord dans les lieux mêmes -les friches industrielles- pour leurs configurations spatiales uniques, mais aussi dans l’état actuel de la création de vouloir réactiver cet esprit de dérive, d’entropie, d’histoire à renverser, à dépasser collectivement.
Je pense également aux graffitis et au design graphique qui ajoutent des strates et des strates de sens et d’histoires superposées afin de créer une surenchère visuelle dense et diversifiée. C’est l’image de la ruine : comme ce mur d’affiches sur la rue remplit de la mémoire d’années de promotions, de propagande et de factures graphiques diverses. Cet espace, devenu dépositaire de la mémoire d’un pan de la société, agit comme une espèce de ruine, une ruine verticale qui possède une patine du temps composé de toutes ces traces graphiques. Cette ruine contemporaine permet d’assoir notre réalité dans un continuum plus large que notre simple petit quotidien. C’est ce que le paradigme de la ruine permet. Un déplacement contextuel, un rappel des événements et moments clefs de notre histoire, un souvenir de nos aspirations à un temps donné, un souvenir de nos rêves à un temps donné, dans le seul espoir un jour de pouvoir les atteindre, ou les dépasser.

Bâtiment Redpath, 2001

Bâtiment Redpath, 2001

Bâtiment Redpath, 2001

Bâtiment Redpath, 2001
Jeudi

atelier ECV
Le dernier sprint est entamé. Demain, c’est la remise des planches de présentation et l’apéro pour célébrer. Comme le stress s’est maintenant transféré vers les étudiants, j’en ai profité pour aller me promener du côté des quais. La température est fabuleuse et me donne un avant-goût du printemps. Je redoute le retour au Québec avec 2 pieds de neige! Mais en attendant, je suis ici et j’en profite pour visiter. Suite à une suggestion de David, un autre intervenant dans les workshop, je suis allé faire un tour du côté de la base sous-marine de Bordeaux. En fait, il s’agit d’une ancienne base allemande où s’abritaient les U-Boat. Ce sont des espaces démesurés qui possèdent l’esthétique propre aux ruines industrielles. Le tout était juste un peu trop paramétré; j’aurais aimé déambuler et découvrir ces lieux à ma guise, mais le parcours était imposé et très limité, et je ne veux pas risquer de m’expliquer avec la police Française…
Mais j’ai tout de même fait quelques photos intéressantes.

bunk2

bunker2

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