lieu

La rue comme espace de vie (suite à chacun sa place dans le trafic)

motorbike!

motorbike!

Au Vietnam, la relation qu’entretiennent les gens avec l’espace public est très différente de celle que nous (Occidentaux) pouvons avoir avec celui-ci. J’ai vécu une petite introduction de ces différences culturelles au Japon il y a quelques années, mais le Vietnam repousse davantage cette frontière entre la sphère publique et la sphère privée. En fait, les Vietnamiens vivent leurs activités quotidiennes à même la rue, le trottoir et les espaces qui mènent jusqu’à l’intérieur de leur demeure.

C’est toujours avec émerveillement que je remarque ces profondes différences culturelles et sociales. Par exemple, le forgeron qui redresse sa barre de métal chauffée à blanc sur le trottoir en face de son atelier, en gougounes s.v.p! Les matériaux de construction, tuyaux municipaux et déchets qui entravent la circulation – on doit les enjamber à nos risques et périls (encore en gougounes). Les repas pris directement dans la cuisine du « resto » (qui fait également office de salon avec les trois enfants qui regardent la TV)… Il ne semble y avoir aucune séparation entre la rue, le trottoir, les commerces et parfois même le logis. Ce sont des usages de l’espace urbain auxquels nous ne sommes pas trop habitués, nous qui sommes plutôt enclins à séparer le domaine public de celui privé.

Je pense en particulier aux trottoirs, car ce sont souvent ces espaces mitoyens qui délimitent les sphères privées et publiques au sein de la trame urbaine nord-américaine. Mais dans une ville comme Hanoi, cette limite entre le public et le privé apparait plus perméable. C’est que l’espace mitoyen se prolonge d’un côté comme de l’autre. En d’autres mots, la sphère privée s’étend dans la sphère publique et vice versa. Dans cette situation, il est aisé de comprendre que ces lieux mitoyens possèdent plusieurs fonctions simultanées. En effet, les différents usages ne sont pas isolés, mais plutôt coexistants en harmonie.

Plusieurs facteurs sociaux économiques contribuent à la création de ces lieux particuliers : manque d’espace, densité de population élevée, climat humide et température chaude, rythme de vie plus lent, conditions économiques modestes, moyens de déplacement, etc. Mais ce n’est pas tant les causes qui m’intéressent que l’effet que cette plus grande perméabilité exerce sur les gens et la trame urbaine. Ceci induit une expérience de la ville totalement différente d’une ville typique nord-américaine. Il s’agit d’une expérience de proximité et un sentiment de communauté accrus. En d’autres mots, cette perméabilité influence complètement le paysage urbain, c’est-à-dire la relation des gens avec les gens et des gens avec les lieux. C’est une leçon de tolérance et d’échange que j’en retiens. Tolérance de l’utilisation que font les autres de l’espace public (selon leur besoin) et partage de son propre espace personnel à un moment donné. Et ça donne lieu à de belles rencontres et à une expérience du lieu unique.

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Mardi, août 17th, 2010 Voyage - carnet 2 commentaires

La route; Cormac McCarthy

Je viens de terminer le roman de science-fiction La route. Je devrais parler ici d’un livre d’anticipation, car les événements se déroulent dans une temporalité proche de la nôtre, et c’est plutôt la situation qui est extraordinaire; les deux protagonistes se retrouvent dans un univers postapocalyptique où la survie dépend de chaque instant, de chaque geste. La fin du monde devenue réalité.

Aucune ville n’est nommée, aucune référence aux événements qui ont engendré ces paysages désolés et qui ont plongé les deux personnages dans la course à la survie. Tout ce que l’on sait d’eux, c’est qu’il s’agit du père et de son fils et que ce dernier est né pendant le cataclysme qui est au coeur du livre. Leur objectif; prendre la route pour rejoindre la mer vers le sud, dans l’espoir de retrouver un environnement (physique et humain) plus clément. Car l’instinct de survie manifeste chez les quelques hommes encore en vie a tué la majorité de leur moralité et plusieurs s’adonnent au cannibalisme.

Je parle de ce livre, car les images et l’esprit du lieu de fin du monde qu’il a fait ressurgir en moi sont forts et puissants. La façon dont McCarthy décrit la désolation régnante est palpable et remplie de mélancolie. À chaque maison qu’ils visitent, à chaque ville qu’ils traversent, à chaque événement qu’ils rencontrent, l’auteur nous décrit le paysage, les textures, les odeurs et la couleur des lieux. Mais il décrit également la mémoire de ces artéfacts et de ces espaces, l’usage que l’on en faisait lorsque tout était normal… On sent l’entropie qui s’est emparée de nos constructions et de nos objets (futiles à ce point, car la seule énergie qui subsiste est le feu). On sent la fin de l’humanité à chaque page.

La lecture de ce livre induit un exercice de réflexion sur nos valeurs et l’importance qu’occupent nos possessions matérielles modernes. Ce roman porte en son sein une lumière puissante qui nous fait redécouvrir ce que peut vouloir dire être humain, après que tout soit disparu.

Ce livre a gagné, en 2007, le Prix Pulitzer.

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L’Image est tirée du film.

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Mercredi, mars 10th, 2010 Articles Pas de commentaire

Hôtel de glace :(

Lors de mon passage à Québec, je n’ai pu m’empêcher d’aller visiter L’hôtel de glace. Mon imaginaire était enflammé par toutes ces images, notamment La ligne du temps construite par Pierre Thibault pour le Carnaval de Québec et toutes ces photographies de la version suédoise qui circulent depuis longtemps.

Pierre Thibault, La ligne du temps / Carnaval de Québec / 2000 / Crédit photo Alain Laforest.
Thibault.chateau.back

C’est donc avec anticipation que je me suis rendu à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier pour voir l’ouvrage qui s’étend sur une superficie de 3 000 m2, et dont la durée de vie est de 3 mois (de janvier à avril).
Il faut tout d’abord dire que la construction de l’hôtel ne suit pas le modèle des igloos inuits. Dans ce sens que les bâtiments ne sont pas fabriqués avec des blocs de neige ou de glace empilés, mais bien « moulés  » par de successives strates d’eau gelée provenant du lac Saint-Joseph. D’ailleurs, des toits de silos de ferme sont utilisés afin de servir de moule pour les toits des différents bâtiments de glace. La trace des structures de silo est apparente dans les voûtes. C’est une façon efficace de former ces habitations de glace.

Là où ça se gâte, c’est que ce projet ne peut cacher qu’il est un exercice d’image cosmétique. C’est un endroit qui célèbre une certaine image de la nordicité à grand renfort de clichés empruntés aux autres pays nordiques (au lieu de créer ou célébrer les nôtres). Entendez-moi bien, ce projet n’est pas une coquille vide, mais plutôt un Disneyland pour adultes. Une sorte de non-lieu construit dans le stationnement (eh oui!) de la Station touristique Duchesnay. Donc aucune relation directe avec un semblant d’environnement ou de lieu (pourtant, la proximité du lac Saint-Joseph offrait pleins de possibilités, jouer avec cet élément, la pêche sur glace, utiliser la transparence, etc.). Mais non, dans ses conditions actuelles, l’hôtel pourrait être construit sur n’importe quel autre site; pourvu qu’il y règne la température nécessaire…
Voici les photos :

hotelglace

9 Photos

myson

12 Photos

rue

9 Photos

iceland

3 Photos

Suède

6 Photos

Turquie

3 Photos

Hollande

3 Photos

Canada

3 Photos

C’est donc une architecture d’intérieur, car les formes et volumes extérieurs sont quasi inexistants, voir sans intérêt. Mais même si l’accent est mis sur le design d’environnement, le mobilier et les éléments décoratifs (fort ouvragé je dois l’admettre et féliciter les sculpteurs), l’intérêt architectural de cette construction demeure en fait très limité. Pourtant, la sensibilité de plus en plus marquée du public face à la qualité des espaces architecturaux ainsi qu’une préoccupation pour l’environnement naturel appel à plus. Je pense qu’on rate ainsi une belle occasion d’amener ce projet à un autre niveau en se contentant de répéter, année après année, le même type de construction et de programme.

>Petite lueur d’espoir : la chambre la plus intéressante est celle produite par l’équipe de l’UQAM et de l’Université de Montréal. Il s’agit d’un exercice de style cubique. Ici aussi le cliché est évident, mais le résultat inspire un sens du lieu; on se sent dans un endroit qui a une identité propre et unique. Espérons que ce sentiment s’étende au bâtiment et à sa structure même dans les prochaines années. Pourquois ne pas en faire un concours?

Déception.

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Et encore l’inukshuk qui n’indique rien mais sa propre présence!
Utilisé pour son image et comme un nain de jardin.
Say cheese Folks!9

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Lundi, mars 8th, 2010 Articles Pas de commentaire

Projet de recherche création au Centre DAÏMÕN avec François Chalifour

Cet été, François Chalifour et moi avons déposé un projet de recherche création au centre production DAÏMÕN. La proposition été acceptée par le jury. La nouvelle nous a un peu secoués, car il s’écoule souvent un long laps de temps entre le dépôt du dossier et la réception de la réponse. Maintenant, il va falloir matérialiser cette prospection intuitive!

En effet, ce projet est né d’une réflexion, d’une interrogation commune que nous entretenions depuis quelque temps. Nous avions envie de prendre du temps pour réfléchir à la notion d’identification au lieu, à la notion d’habiter. C’est cette intention qui s’est manifestée en projet de création d’une vidéo documentaire exploratoire. La facture visuelle s’étendra de la poésie impressionniste de la vidéo d’art à la précision méthodologique du style documentaire. Ce qui implique que les textures des différents médiums seront mises en valeur et exploitées en phase avec le propos.

Voici un petit résumé de la question associée au projet.

Problématique – concept du lieu : ancrage / fondements / déplacements
François Chalifour et Jean-François Lacombe s’interrogent depuis quelque temps sur leurs propres liens d’appartenance à la région d’Outaouais. Dans le cadre de ce projet, ils cherchent à mettre en commun leur questionnement autour des points d’ancrages, de références et d’appartenance; donc le concept d’habiter. Le premier, parce qu’il voyage, réfléchit à l’idée du nomadisme et de la nostalgie; l’autre dans sa démarche fondée sur la notion de lieu, pose plutôt la question des relations interpersonnelles comme base d’un enracinement et d’une intégration. Ces deux visions, dichotomiques et complémentaires, sont à la source du projet qu’ils ont entrepris ensemble.

En s’interrogeant sur leurs expériences de nomadisme et d’enracinement, à la lumière des nouvelles pratiques communicationnelles, ils cherchent à dégager l’idée contemporaine d’identifications au lieu. Comment alors décomposer et recomposer ces concepts à l’aide d’une démarche artistique multidisciplinaire et comment peut-ont représenter cette nouvelle réalité?

Beau périple en perspective.

buil
28oct

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Mercredi, octobre 28th, 2009 Projets en cours 2 commentaires

L’Inuksuk, le nouveau nain de jardin

Des visions répétées de jardins et terrains privés au cours de mes vacances (hélas terminées!) me portent à affirmer que les Inuksuk sont devenus les nouveaux nains de jardins contemporains. C’est à dire des images-objets populaires surutilisées comme ces derniers, mais en plus, décontextualisées. C’est-à-dire l’utilisation d’une image pour son image et non pour sa signification. Perte de sens.

inukshuk1

Les 2 images sont prises de ce site ésotérique.

Dans ces 2 photos, la dénaturalisation de l’usage et de la fonction de ces constructions Inuites assez tordante. Car l’Inuksuk, dans son essence, est un amoncellement de pierres disposées sur un site particulier afin d’agir comme point de repère, comme messager. Ces structures de pierres servent à indiquer des sources de nourriture viable (pour la pêche, la chasse), le point maximal de la marée haute, le chemin le plus sur à emprunter, des lieux de rituels, etc. La fonction principale d’un Inuksuk est donc d’agir en la qualité d’un humain.

Ici, dans l’image du bas, ce qui est hilarant est la présence d’un panneau de signalisation pour indiquer l’endroit où se trouve l’Inuksuk! C’est plus que paradoxal! C’est comme un emballage dans un emballage…

inukshuk2

Au contraire de la croyance populaire, la forme des Inuksuit (Inuksuk au pluriel) n’est pas nécessairement celle d’un «humain». Celle-ci dépend en fait du message entendu et du type de matériaux retrouvés sur le site d’implantation. C’est une des formes les plus primaires d’installation sculpturale, des genres de «1%» mais porteurs d’un sens commun essentiel et intelligible. Dans ces constructions ancestrales, la métaphore, la fonction dépassent l’image.

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Mercredi, août 26th, 2009 Articles Pas de commentaire

Transient Sedimentation / Lars Kordetzky

Transient sedimentation

Transient sedimentation

Transient Sedimentation est un livre tiré d’une série publié par RIEA [Research Institute for Experimental Architecture], basé à Bern en Suisse, édité sous la direction de Lebbeus Woods. Cette série est vraiment intéressante car chaque livre nous propose une réflexion théorique sur un sujet particulier de la création architecturale, en plus de présenter des projets démontrant cette théorie appliquée.

L’ouvrage de Lars Kordetsky parle des forces (celles apparentes et celles invisibles) qui sont toujours à l’oeuvre dans l’espace du réel. Ces forces et concepts sont essentiels dans la définition de l’identité d’un site. Constamment en mouvement et en redéfinition, ils sont à considérer et à respecter lors des projets architecturaux.

  • Lines, sins, current
  • Dynamic world
  • Matrix
  • Net
  • Drift
  • disintegration and renewal
  • Space of Projection, Flasing of lines, Actualization
  • etc.
  • Comme le titre le dit, ces forces éphémères s’additionnent en strates afin de créer l’identité et le caractère particulier d’un lieu. Même invisibles, ces forces demeurent présentes et agissent sur l’identité d’un lieu, d’un site. Pour illustrer ceci, le livre débute avec un extrait du livre de Herman Melville, Moby Dick :
    «Queequeg was a native of Kokovoko, an island far away to the Est and South. It is not down in any maps; true places never are».

    Design graphique par büro destruct, basé Bern.
    Inspirant + nourrissant pour tous ceux qui travaillent avec l’espace et la composition.

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    Vendredi, juillet 10th, 2009 Articles Pas de commentaire

    Deuil d’un possible lieu

    J’ai dû abandonner l’idée de construire sur le joli site que j’avais déniché dans la municipalité de Wakefield. C’est un deuil difficile, car le processus s’est étiré sur plusieurs mois (6 en fait). Pourquoi? 2 raisons principales; le risque de mouvement de masse (glissement de terrain) et l’impossibilité d’avoir un atelier là-bas. En effet, la configuration du terrain exigeait un système septique «nouveau genre» qui fonctionnait avec un bassin rempli roseaux. Ce système implique que tous les rejets d’eaux grises soient biodégradables; rendant ainsi impossible l’idée d’avoir un atelier de création où les produits chimiques sont indispensables…

    Temps d’arrêt avant la recherche d’un nouveau site.

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    Mercredi, juillet 8th, 2009 Projets en cours Pas de commentaire
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