nature
Projet Web : The Wilderness Downtown, Arcade Fire
Le dernier projet Web du groupe Arcade Fire intitulé The Wilderness Downtown est une réussite à plusieurs points de vue. Pour sa chanson « We used to wait », le groupe a décidé de s’éloigner du vidéo conventionnel afin de proposer une expérience narrative et interactive unique.
Ce projet propose un scénario linéaire, mais avec une twist assez sympatique : une personnalisation du protagoniste par l’utilisation des technologies de données.
C’est l’expérience du récit, à travers le visionnement du film, qui permet à ce projet Web de se démarquer. En effet, au début de la séquence, il y a un champ de texte réservé pour entrer l’adresse de la maison de notre enfance. « La rue où vous avez grandi » serait une traduction libre assez pertinente! En entrant l’adresse, le site va chercher des images du quartier correspondantes et les inclut dans le film interactif. Alors, l’histoire s’adresse à nous, ou plutôt c’est en quelque sorte notre histoire personnelle qui évolue dans l’univers et la musique d’Arcade Fire.
L’esthétique du projet mélange des extraits de films apparaissant dans différentes fenêtres de l’interface, des graphiques et de la typographie générés par vecteurs, des images prélevées des sites de positionnement géographique de Google, etc.
C’est un projet Web utilisant le nouveau code HTML5 qui séduit par la beauté de sa trame narrative et la simplicité d’interaction nécessitée par l’utilisateur.
>> Cliquez ici pour y faire un tour
Ce film interactif est réalisé par Chris Milk et Chrome experiment.
Ruines Champa à My Son
Étant tout près de là (à 55 km), une visite aux ruines Champas situées dans la village de My Son apparaissait comme un incontournable. Je suis donc parti à 5:15 AM de Hoi An afin de compléter la « ride » de 75 minutes en motorbike. Le périple matinal en a valu le coup. J’ai pu parcourir le site classé Patrimoine mondial de l’Unesco sans qu’il n’y ait aucun autre visiteur dans les parages.
Ce que j’ai découvert m’a stupéfait; des bâtiments érigés par le peuple cham datant du 9e et 10e siècle. Le plus étonnant fut de retrouver un genre d’imagerie et des structures que l’on s’attendrait à retrouver à Angkor au Cambodge ou en même Ayutthaya en Thailande, mais pas au Vietnam. C’est que le peuple cham a véçu dans ce territoire depuis le 2e siècle avant d’être absorbé par la culture vietnamienne au 17e siècle. Mais pendant cette période, ils ont pu prospérer grâce au commerce, avec au nord les Vietnamiens et au sud les Khmers. Les échanges commerciaux expliquent également leur culture, ils ont adopté l’hindouisme, emprunté l’imagerie de l’art indien et utilisé le Sanskrit comme langage sacré. C’est pourquoi ces ruines sont imprégnées d’images de Shiva et de Ganesh, avec des lingas et des Yoni, des éléphants, des motifs floraux, etc.
Il est aussi étonnant de parcourir ce lieu alors qu’il fut abondamment bombardé par les troupes américaines lors de la guerre du Vietnam il y a près de 40 ans. En effet, les Viet Cong trouvaient que ce site offrait une position stratégique idéale. De ce fait, plusieurs centaines de personnes sont mortes et nombres de structures ont été détruites ou mises à terre par les bombes et les combats (voir image #3 du cratère).
Malgré ces atrocités, la beauté du site perdure encore aujourd’hui. Il n’est pas étonnant de comprendre pourquoi ce lieu fut choisi : la position au centre de la vallée, entouré des montagnes, situé au confluent des sources et des rivières. Et l’endroit est magnifique.
Détails intéressants sur les objets et statues retrouvés sur le site (selon des écoutes subtiles de quelques guides touristique) :
Premièrement, la grande quantité de vasques cérémoniales étant réservées aux rituels de bénédiction des eaux. De l’eau prélevée d’une source sacrée était déversée sur les Linga (pénis de pierre) qui ensuite s’écoulait dans le canal à la base (représentant le Yoni, ou le sexe féminin). L’eau qui s’échappait de ce canal sacré était ainsi bénie, et on l’utilisait pour fertiliser symboliquement les semences et les champs.
Deuxièmement, les statues qui ornent les temples ont majoritairement la tête manquante. Pourquoi? Une des explications est que pour les Chams, l’esprit ne peut habiter le corps si la tête n’y est plus attachée. C’était donc coutume pour les vainqueurs d’arracher la tête des statues des divinités ennemies afin qu’elles ne puissent pas se relever; afin que les combattants déchus ne puissent revenir dans leur corps pour les défier à nouveau.
_ _ make a road for the spirit to pass over

solstice/flyer promotionnel
La pertinence d’une discussion avec un ami philosophe me pousse à poursuivre cette réflexion avec vous. Voici le topo : malgré la proximité des autres et les innombrables gadgets de communications actuels, il semble que nous soyons toujours et de plus en plus, seuls avec nous-mêmes. Le défi est d’apprendre à vivre avec cet individu qui a parfois des idées, envies et désirs conflictuels.
C’est probablement ce qui fait notre humanité; cette propension si facile à pencher vers le paradoxe. Est-ce du fait de notre «double» constitution, ce corps physique et cet esprit intangible? L’idée est de balancer les deux dans cet univers matériel où notre désir d’absolu ne cesse de crier au secours. Les nouvelles technologies et la société de l’image ne font qu’augmenter cette distance entre ces deux pôles aux besoins si conflictuels. Comment évoluer avec nos gadgets et la facilité qu’ils procurent sans perdre de vue ce qui constitue notre humanité? Malheureusement, la mesure actuelle du progrès se résume à ceci : plus une société exerce un contrôle sur la nature et ses processus, et plus elle est considérée comme développée!
Faudrait-il changer notre barème?
Considérer d’autres aspects?
Sinon, jusqu’où cette ligne de pensée nous conduira?
Je n’en connais pas la mesure. Mais comment peut-on se distancier de ce qui fondamentalement nous compose et supporte le fait même de notre existence? C’est être profondément inconscient que toute chose fait partie d’un ensemble interconnecté et interrelié.
La distance que nous mettons entre nous et la nature m’inquiète de plus en plus.
Il semble que la progression exponentielle de la technologie (exécutée par la collectivité) soit très différente du rythme naturel humain (qui lui est personnel). Je crois que c’est un peu pour cette raison que les changements sont si lents à opérer dans la collectivité; car ils doivent se faire à partir de chaque individu.
Le 3e siècle sera spirituel ou ne le sera pas (qui a dit ça au juste?)
*Je sais que mes observations peuvent paraitre denses ou fragmentaires, c’est que je rédige présentement deux articles; un sur la porosité entre les arts et le design, l’autre sur le sujet de la transformation dans le design (pour le magazine PICA).
Réflexion en cours donc.
La route; Cormac McCarthy
Je viens de terminer le roman de science-fiction La route. Je devrais parler ici d’un livre d’anticipation, car les événements se déroulent dans une temporalité proche de la nôtre, et c’est plutôt la situation qui est extraordinaire; les deux protagonistes se retrouvent dans un univers postapocalyptique où la survie dépend de chaque instant, de chaque geste. La fin du monde devenue réalité.
Aucune ville n’est nommée, aucune référence aux événements qui ont engendré ces paysages désolés et qui ont plongé les deux personnages dans la course à la survie. Tout ce que l’on sait d’eux, c’est qu’il s’agit du père et de son fils et que ce dernier est né pendant le cataclysme qui est au coeur du livre. Leur objectif; prendre la route pour rejoindre la mer vers le sud, dans l’espoir de retrouver un environnement (physique et humain) plus clément. Car l’instinct de survie manifeste chez les quelques hommes encore en vie a tué la majorité de leur moralité et plusieurs s’adonnent au cannibalisme.
Je parle de ce livre, car les images et l’esprit du lieu de fin du monde qu’il a fait ressurgir en moi sont forts et puissants. La façon dont McCarthy décrit la désolation régnante est palpable et remplie de mélancolie. À chaque maison qu’ils visitent, à chaque ville qu’ils traversent, à chaque événement qu’ils rencontrent, l’auteur nous décrit le paysage, les textures, les odeurs et la couleur des lieux. Mais il décrit également la mémoire de ces artéfacts et de ces espaces, l’usage que l’on en faisait lorsque tout était normal… On sent l’entropie qui s’est emparée de nos constructions et de nos objets (futiles à ce point, car la seule énergie qui subsiste est le feu). On sent la fin de l’humanité à chaque page.
La lecture de ce livre induit un exercice de réflexion sur nos valeurs et l’importance qu’occupent nos possessions matérielles modernes. Ce roman porte en son sein une lumière puissante qui nous fait redécouvrir ce que peut vouloir dire être humain, après que tout soit disparu.
Ce livre a gagné, en 2007, le Prix Pulitzer.

L’Image est tirée du film.
Hôtel de glace :(
Lors de mon passage à Québec, je n’ai pu m’empêcher d’aller visiter L’hôtel de glace. Mon imaginaire était enflammé par toutes ces images, notamment La ligne du temps construite par Pierre Thibault pour le Carnaval de Québec et toutes ces photographies de la version suédoise qui circulent depuis longtemps.
Pierre Thibault, La ligne du temps / Carnaval de Québec / 2000 / Crédit photo Alain Laforest.
C’est donc avec anticipation que je me suis rendu à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier pour voir l’ouvrage qui s’étend sur une superficie de 3 000 m2, et dont la durée de vie est de 3 mois (de janvier à avril).
Il faut tout d’abord dire que la construction de l’hôtel ne suit pas le modèle des igloos inuits. Dans ce sens que les bâtiments ne sont pas fabriqués avec des blocs de neige ou de glace empilés, mais bien « moulés » par de successives strates d’eau gelée provenant du lac Saint-Joseph. D’ailleurs, des toits de silos de ferme sont utilisés afin de servir de moule pour les toits des différents bâtiments de glace. La trace des structures de silo est apparente dans les voûtes. C’est une façon efficace de former ces habitations de glace.
Là où ça se gâte, c’est que ce projet ne peut cacher qu’il est un exercice d’image cosmétique. C’est un endroit qui célèbre une certaine image de la nordicité à grand renfort de clichés empruntés aux autres pays nordiques (au lieu de créer ou célébrer les nôtres). Entendez-moi bien, ce projet n’est pas une coquille vide, mais plutôt un Disneyland pour adultes. Une sorte de non-lieu construit dans le stationnement (eh oui!) de la Station touristique Duchesnay. Donc aucune relation directe avec un semblant d’environnement ou de lieu (pourtant, la proximité du lac Saint-Joseph offrait pleins de possibilités, jouer avec cet élément, la pêche sur glace, utiliser la transparence, etc.). Mais non, dans ses conditions actuelles, l’hôtel pourrait être construit sur n’importe quel autre site; pourvu qu’il y règne la température nécessaire…
Voici les photos :
C’est donc une architecture d’intérieur, car les formes et volumes extérieurs sont quasi inexistants, voir sans intérêt. Mais même si l’accent est mis sur le design d’environnement, le mobilier et les éléments décoratifs (fort ouvragé je dois l’admettre et féliciter les sculpteurs), l’intérêt architectural de cette construction demeure en fait très limité. Pourtant, la sensibilité de plus en plus marquée du public face à la qualité des espaces architecturaux ainsi qu’une préoccupation pour l’environnement naturel appel à plus. Je pense qu’on rate ainsi une belle occasion d’amener ce projet à un autre niveau en se contentant de répéter, année après année, le même type de construction et de programme.
>Petite lueur d’espoir : la chambre la plus intéressante est celle produite par l’équipe de l’UQAM et de l’Université de Montréal. Il s’agit d’un exercice de style cubique. Ici aussi le cliché est évident, mais le résultat inspire un sens du lieu; on se sent dans un endroit qui a une identité propre et unique. Espérons que ce sentiment s’étende au bâtiment et à sa structure même dans les prochaines années. Pourquois ne pas en faire un concours?
Déception.
///
Et encore l’inukshuk qui n’indique rien mais sa propre présence!
Utilisé pour son image et comme un nain de jardin.
Say cheese Folks!
Rayon de bonhomme d’hiver
Ça faisait très longtemps que je n’en avais pas vu dans la ville, de petits bonhommes de neige spontanés. Ça m’a fait une joie immense de les voir les deux ensembles.
Un rayon de soleil dans cette grisaille de janvier.

Solstice d’Hiver

Journée du Solstice d’hiver 2009. Arrivée de l’hiver.
Aujourd’hui, il n’y aura seulement que 8:43 minute d’ensoleillement (mais il fera beau!).
Malgré le fait que mon événement du jardin du Solstice d’Hiver n’ait jamais réellement eu lieu, pour ma part, toutes les années à cette date, je revis l’aventure et le périple dans ma tête.

Impossible de séparer le temps des fêtes de nos sociétés modernes des fêtes païennes qu’elles ont remplacées, mais ont peut facilement imaginer que les formes diffèrent profondément. Quoi qu’il en soit, ces rituels des fêtes de Noël ne font que refléter l’évolution de nos valeurs et croyances; nos paradigmes spirituels et relationnels avec la nature. Car c’est de quoi il s’agit ici, d’entrer en relation avec l’autre. Le temps de fêtes existe pour cette raison j’imagine.
Je termine avec cette citation de Saint-Thomas-d’Aquin, qui a dit un jour : «rien n’est en l’esprit qui n’ait été auparavant dans les sens». Je soupçonne notre ami Thomas d’utiliser plus que ces 5 sens afin d’arriver à ses conclusions (mais ça, c’est une autre histoire!) Mais peut-être s’agit-il de seulement faire de la place pour être réceptifs à ses intuitions, aux signaux codés de l’univers et aux lois qui le régissent. Mais qui dit place ou ESPACE, comme l’a si bien démontré notre ami Albert Einstein, dit nécessairement TEMPS. Et c’est ce qui nous fait cruellement défaut dans notre société d’aujourd’hui.
L’événement du Solstice d’Hiver n’était autre qu’un prétexte pour prendre le temps de s’arrêter et de remarquer le changement des saisons, de se projeter personnellement dans cette vision du cycle immuable de la nature et surtout, de sentir que nous en faisons partie.
Peut-être que si nous nous sentions plus partie intégrante de cette nature, l’échec du sommet à Copenhague n’aurait été si cinglant.
Mais je crois néamoins qu’en tout et partout nous avançons.
Heureuses Fêtes et joyeux Solstice d’Hiver à vous tous!
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