signes
Expérience esthétique de la ruine
Je suis frappé par l’ouvrage Ruine de Sophie Lacroix. J’étais tombé sur ce petit livre au Centre George Pompidou ce printemps et il jonchait sur le dessus de ma pile «à lire» depuis.
Hier, j’ai presque totalement dévoré ce petit manuscrit d’une centaine de pages écrit par une professeure qui se spécialise dans le sujet.
Ce qui est bien, c’est qu’elle ne fait pas exclusivement référence aux ruines telles que représentées dans les oeuvres d’art, mais s’attarde plutôt sur le concept opératoire du sujet; la signification de la ruine pour l’être humain et son importance vitale dans le processus d’émancipation et comme processus archaïque.
L’expérience des ruines serait une expérience du sublime beaucoup plus qu’une expérience esthétique, dans ce sens que la ruine nous donne à voir tout le possible de ce qui n’est plus, d’un commencement idyllique.
«…les ruines sont moins un spectacle qu’une expérience, car celui qui contemple est touché et transformé.»
C’est la force d’attraction de la ruine. Cette proximité avec le désastre, mais également notre distance face à celui-ci. C’est que la ruine s’attarde à toucher notre imaginaire, à le nourrir d’impossible et de possible. Ce sont des lieux où tout demeure concevable. Voilà pourquoi la ruine vient tant nous chercher et nous saisir intérieurement.
Par ailleurs, il est fascinant de constater qu’un changement de paradigme de la ruine s’est opéré avec l’avènement des guerres mondiales. En effet, les ruines ont pris une tout autre signification, amplifiant plutôt le sentiment de disparition lié avec elles. «… les ruines de guerre ne disposent plus à rêver à d’autres réalités, mais forcent à reconnaitre l’effet de violences trop humaines.»
C’est peut-être un héritage collectif qui contribue à ce que notre société moderne soit fascinée par le neuf et a peur qu’une patine du temps s’inscrive sur toutes choses (humaine ou matérielle). Dans son absence, la ruine ne peut plus opérer sa fonction primordiale et nous enseigner «l’expérience de la perte».
Spéculation intuitive.
Pourtant, les artistes et architectes contemporains ont compris l’importance des friches industrielles et surtout de leur réactualisation à travers des projets de réhabilitation et de réappropriation de ces lieux. Une sorte de conjuration afin de se libérer des utopies (modernes) qui ont engendré ces paysages désolés.

Ruine
Signes et systèmes urbains détournés : Brad Downey

A father duty, 2003
Brad Downey est un artiste qui détourne l’usage des images, des objets et du mobilier urbain dans le but de nous faire voir la ville sous un autre jour. Sa bio nous informe qu’il tente, par ses projets, de redonner au citoyen l’occasion de réinterpréter et de se réapproprier la multitude de signes qui nous entourent au sein de la ville.
«There are multitudes of signals and systems that govern our cities and imperceptibly determine our everyday movement. Artist Brad Downey stakes a claim for the right of the individual to interpret and understand these systems, and thus regain power in the public arena.»
Ses projets sont toutes sortes de manoeuvres et d’installations subversives éphémères qui “injectent” une dose de ludique dans le quotidien. Les exemples ci-dessous sont tirés de son site internet qui mérite un coup d’oeil. J’aime bien ce genre de travail déréglementé qui n’a pas nécessairement besoin de galerie ou d’événement fédérateur pour le supporter dans sa diffusion. Inspiration.

traffic jam for Berlin, 2008

La Somme de L'Oxygéne Dans une Cabine Téléphonique, 2008
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