société
Shanghai en quelques mots et images
Shanghai est une ville gigantesque, gargantuesque. Son désir de croissance semble tout avaler sur son passage (y compris ceux qui y habitent, en harmonie avec elle sur un autre rythme, depuis des siècles).
- Métropole de 20 millions d’habitants;
- Centre économique et commercial de la Chine;
- Mélange hétéroclite de plusieurs styles et cultures (modelé des influences des différents conquérants et colonisateurs qui y sont passés);
- Le gouvernement offre des compensations à ceux qui déménagent (ou plutôt qui sont expropriés de leurs petites maisons, pour faire place aux immeubles à logement en hauteur). Mais avec la disparition de ces anciens quartiers, c’est tout un monde qui s’éteint. Les habitants perdent leur mode de vie plus traditionnel, leur relation avec la cité et les autres habitants se modifie;
- Difficile à décrire, mais cette ville est un paysage en soi, un paysage minéral très chaud où les traces du passé semblent être constamment effacées ou rééditées.
Expo universelle : description en vrac de quelques pavillons
Better City, Better Life?
Après quelques visites de différents pavillons, il apparait que le choix d’explorer la thématique de l’expo ou non repose entièrement entre les mains des participants. Ce choix conceptuel, tout comme la sélection du contenu dans les pavillons ne semble pas influencer le comité organisateur dans la validation des projets. Voici donc les critères sur lesquels je me suis basé afin d’apprécier les différentes contributions des pays participants (sans tenir compte de leur budget ou situation politique) :
- Graphisme et information
- Architecture et parcours
- Alignement et apport au thème : Better city, better life
Islande
Il s’agit d’un cube avec 5 murs de projections immenses.
Le film de 8 minutes présente une sorte de paysage narratif immersif.
À entendre les cris et les exclamations durant la projection, ce type de pavillon semble être très apprécié par le public local (j’étais le seul occidental dans la salle)
*Impressionnant
Pakistan
Deuxième pavillon visité et gros coup dur en partant. Le pavillon est rempli de JPG tirés d’internet et imprimés trop gros. On voit la compression et presque rien d’autre, c’est hallucinant.
Un plancher et des marches glissants (ça ne passerait pas dans un musée d’ici) où les gens trébuchent. Mais surtout on n’apprend rien de ce pays. Je comprends la problématique du nombre de visiteurs important et le flot incessant du public, mais c’est justement là où une bonne équipe de designers graphique auraient pu faire une différence majeure.
Des pictogrammes sensibles, des schémas intelligibles, des photomontages pertinents mariant la typographie et l’image, etc. Toutes des façons de passer rapidement de l’information pertinente…
On dirait que les designers ont pensé : OK, on a 2 étages de musée, il faut les remplir! Mais ils n’ont pas pensé à l’expérience spatiale et en terme de lieu ou de paysage. Je me sentais dans un gigantesque marché cheap et non dans une expérience d’un endroit singulier.
*Pourquoi ne pas avoir utilisé la fenêtre offerte par l’expo pour parler des problèmes d’inondation qui sévissent au pays? L’Espagne l’avait fait lors de l’exposition universelle de Paris, en 1937. En effet, malgré le contexte d’avant guerre mondiale et des problèmes financiers, le pavillon espagnol se devait d’être un symbole d’un pays qui se bat contre le fascisme, et qui tente de conserver son intégrité et sa raison. Plusieurs artistes et designers s’étaient alors levés pour contribuer (gratuitement) à l’effort de construction et d’actualisation du pavillon.
*Déception
Suède
Holàlà le design suédois à l’oeuvre! C’est du bonbon ce pavillon. Intelligent, coloré, de belles matières partout, de l’information ciblée présentée de manière efficace et une approche ludique avec des balançoires et des glissades pour les enfants.
Apport didactique important en regard du thème de l’expo.
*Chapeau
Turquie
Un mélange de muséographie traditionnelle avec un film, plus précisément un timelapse des lieux projeté dans une salle avec vue à 360degré.
*Efficace
Hollande
Ce pavillon est un univers complet. Il possède ses bâtiments, son éclairage, son paysage et même des habitants (un troupeau de vaches-mobiliers en plastiques conçus pour s’assoir et qu’il est possible de bouger sur le parterre).
Le pavillon en tant que tel se compose d’une multitude de petites maisons sur pilotis. Le parcours des visiteurs se fait à travers les différentes habitations, qui sont d’autant de cabinets de curiosité.
Sécurité et flot du public A1
Contribution au thème réussie
Expérience spatiale importante
Un paysage complet, ludique, poétique et extraordinaire, mais bien réel.
*Unique
Canada
Je dois avouer que j’avais quelques retenues (pour être politicaly correct), mais elles ont toutes été éliminées lorsque je suis entré à l’intérieur.
Le pavillon est une suite d’expériences poétiques et immersives.
Celle-ci varient : didactiques, ludiques, visuelles, auditives (toutes très bonnes) mais qui par leur diversité empêche cependant d’avoir un souvenir clair d’un événement en particulier (pas trop important). J’ai plutôt souvenir d’avoir parcouru un pays très diversifié.
La présence québécoise (concepteurs et artistes) est très marquée!
L’expérience de visite se « déroule » à la manière de scènes impressionnistes.
Bonne contribution au thème de la part de l’équipe du Cirque du Soleil.
*Fierté
Autres pavillons visités :
Chine, Vietnam, Inde, Brésil et Montréal.
Comme un taximan nous a dit lorsque nous lui avons demandé ce qu’il pensait de l’exposition organisée par son pays : « So so! – Most people say that too much visual and no info. »
Ça résume assez bien pour la majorité des pavillons.
Visite de l’expo universelle de Shanghai
C’était ma première visite à une exposition universelle. Cela dit, j’ai beaucoup visité le site de Terre des hommes avec ma famille quand j’étais enfant, alors c’était un peu mon point de comparaison.
Je dois dire que je suis étonné de constater que le concept de design pour une exposition universelle n’a pas vraiment changé depuis le siècle dernier. Des photomontages, des images qui défilent sur des rouleaux, des artéfacts et objets locaux à vendre, des spectacles de danse traditionnelle, des projections, des projections, et je vous l’ai tu dit, des projections?!
Dans la surabondance des outils de communication actuels, la présentation d’objets, d’images, de films et de sons ne suffit plus, il faut offrir plus au public de plus en plus averti. Dans le cas du design d’exposition, il est impossible de parler uniquement d’un travail graphique et de mise en valeur des objets. Il faut également considérer l’aspect du lieu (voir mon article à ce sujet). C’est une donnée incontournable dans le monde d’aujourd’hui. Principalement parce que l’expérience d’une exposition se fait dans le temps et l’espace, et non pas délocalisée comme peut se faire l’expérience d’autres médias comme la vidéo, la télévision, la musique, etc.
Les innovations dans le domaine du design d’exposition semblent graviter autour de l’expérience de proximité avec l’événement et de l’expérience spatiale du lieu. Mais c’est principalement l’architecture qui permet aux pavillons vedettes de se démarquer. Je pense en particulier à celui de la Hollande qui offre une expérience de visite extérieure en hauteur ou au pavillon de l’Angleterre avec son cube hérisson gigantesque.
Interaction et lieux
L’exposition de Shànghǎi capitalise, à sa façon, sur l’idée des réseaux sociaux et du Web 2.0 : c’est à dire à l’inclusion active du public. D’ailleurs, on devrait maintenant parler d’utilisateur plutôt que de public, ça me paraitrait plus juste. Cette participation se manifeste dans les interactions possibles au sein des pavillons eux-mêmes, mais également dans l’expérience qu’offre l’architecture à proprement parler : les volumes, les textures, les parcours physiques et visuels, l’expérience spatiale et le déplacement dans le lieu. Ce sont ces pavillons, ceux qui offrent la plus grande expérience du lieu, qui semblent toucher et marquer le plus les visiteurs (les interminables files d’attente sont là pour en témoigner!)
La rue comme espace de vie (suite à chacun sa place dans le trafic)
Au Vietnam, la relation qu’entretiennent les gens avec l’espace public est très différente de celle que nous (Occidentaux) pouvons avoir avec celui-ci. J’ai vécu une petite introduction de ces différences culturelles au Japon il y a quelques années, mais le Vietnam repousse davantage cette frontière entre la sphère publique et la sphère privée. En fait, les Vietnamiens vivent leurs activités quotidiennes à même la rue, le trottoir et les espaces qui mènent jusqu’à l’intérieur de leur demeure.
C’est toujours avec émerveillement que je remarque ces profondes différences culturelles et sociales. Par exemple, le forgeron qui redresse sa barre de métal chauffée à blanc sur le trottoir en face de son atelier, en gougounes s.v.p! Les matériaux de construction, tuyaux municipaux et déchets qui entravent la circulation – on doit les enjamber à nos risques et périls (encore en gougounes). Les repas pris directement dans la cuisine du « resto » (qui fait également office de salon avec les trois enfants qui regardent la TV)… Il ne semble y avoir aucune séparation entre la rue, le trottoir, les commerces et parfois même le logis. Ce sont des usages de l’espace urbain auxquels nous ne sommes pas trop habitués, nous qui sommes plutôt enclins à séparer le domaine public de celui privé.
Je pense en particulier aux trottoirs, car ce sont souvent ces espaces mitoyens qui délimitent les sphères privées et publiques au sein de la trame urbaine nord-américaine. Mais dans une ville comme Hanoi, cette limite entre le public et le privé apparait plus perméable. C’est que l’espace mitoyen se prolonge d’un côté comme de l’autre. En d’autres mots, la sphère privée s’étend dans la sphère publique et vice versa. Dans cette situation, il est aisé de comprendre que ces lieux mitoyens possèdent plusieurs fonctions simultanées. En effet, les différents usages ne sont pas isolés, mais plutôt coexistants en harmonie.
Plusieurs facteurs sociaux économiques contribuent à la création de ces lieux particuliers : manque d’espace, densité de population élevée, climat humide et température chaude, rythme de vie plus lent, conditions économiques modestes, moyens de déplacement, etc. Mais ce n’est pas tant les causes qui m’intéressent que l’effet que cette plus grande perméabilité exerce sur les gens et la trame urbaine. Ceci induit une expérience de la ville totalement différente d’une ville typique nord-américaine. Il s’agit d’une expérience de proximité et un sentiment de communauté accrus. En d’autres mots, cette perméabilité influence complètement le paysage urbain, c’est-à-dire la relation des gens avec les gens et des gens avec les lieux. C’est une leçon de tolérance et d’échange que j’en retiens. Tolérance de l’utilisation que font les autres de l’espace public (selon leur besoin) et partage de son propre espace personnel à un moment donné. Et ça donne lieu à de belles rencontres et à une expérience du lieu unique.
L’artiste vietnamien Pham Huy Thong
Belle rencontre en ce début de semaine chez le peintre hanoien Pham Huy Thong. J’ai pu voir les toiles qu’il prépare pour sa prochaine exposition qui aura lieu à la galerie Bui en novembre prochain.
Il m’a fait un survol commenté de sa production en cours. La presque totalité de ses toiles sont crées à partir de photos d’archives à saveur nationaliste. Il s’en inspire, tout autant que de l’histoire et de la mythologie vietnamiennes, afin de créer des oeuvres figuratives narratives. Ses pièces possèdent plusieurs strates de sens qui permettent, à un public sensible à l’histoire de ce pays d’Asie du Sud Est, d’en apprécier toute la profondeur et le regard critique. Mais ce sont de belles toiles avant-tout, qui sont réalisées dans un style très graphique et contemporain. Normal, car Thong était désigner graphique avant de devenir artiste à temps plein comme il le dit. Il a également enseigné à l’Université d’Hanoi dans le programme de design graphique. Donc beaucoup d’atomes crochus entre lui et moi.
Il m’a accueilli dans son atelier-résidence (situé près du meatmarket) avec du vin de riz. Il s’agit d’un alcool que l’on boit avec une paille de bambou à même le pot de céramique rempli de riz brun. Délicieux!
Par la même occasion, j’ai eu droit à mon cours d’histoire 101 sur Ho Chi Minh et sur la réalité de ce peuple en pleine révolution économique. Y’a pas à dire, le Vietnam est une nation en pleine croissance et chaque coin de pays possède son chantier de construction (petit et grand).
Le sentiment d’urgence comme moteur de création
Depuis toujours, l’art a servi de véhicule pour exprimer des idées qui ne peuvent trouver leur place dans les communications ou discours officiels. Que ce soit des idées à contre-courant des modes de pensées établis ou qui offrent un autre point de vue sur une réalité contrôlée par le pouvoir en place, l’importance que revêt l’art comme véhicule d’un récit parallèle apparaît plus que vital.
C’est ce sentiment d’urgence de communication qui anime les trois artistes que j’ai rencontrés à la galerie Bui pour l’expo Tam Ta ainsi que quatre autres artistes venus du Myanmar (la Birmanie) pour l’événement. Pour ces artistes, la mission est claire: offrir une alternative face à des prises de position unilatérales et ouvrir les portes aux nouvelles idées. Dans ce cas-ci, aux idées qui viennent d’autres pays et d’autres cultures artistiques, mais aussi des idées locales qui sortent des conventions reconnues.
| ………. |
Ces artistes font face à une difficulté supplémentaire (en plus d’une difficulté économique); leur oeuvres doivent être approuvées par le comité de censure avant de pouvoir êtres exposées! Un des artistes du groupe New Zero Art Space a d’ailleur présenté, ironiquement, la photographie du certificat d’autorisation délivré par l’officiel du Myanmar. Du pur délire! Certains artistes m’ont affirmés avoir au moins deux explications pour leurs oeuvres : une authentique non-censurée, et une autre préparée pour les agents du gouvernement. Car il faut être prêt, on ne sait jamais quand un agent « undercover » fera son apparition à une exposition ou à une table ronde comme celle d’hier. |
Par chance, samedi à la gallerie Bui, aucun agent du gouvernement ne s’est présenté parce que l’événement a changé de lieu à la dernière minute et parce que la publicité n’a pu se faire de façon usuelle par manque de temps. Qu’à cela ne tienne, plusieurs jeunes artistes et étudiants sont venus écouter et voir ce qui se fait dans le monde, en dehors du programme officiel enseigné dans les écoles d’art du pays. Difficile à entendre pour le professeur que je suis, cette censure constante et répressive dans les contenus et les idées, même à l’école…
Ce travail d’éveil et d’introduction incombe donc à d’autres. C’est un des défis que relève Michelle Le Bui, co-diretrice de la galerie, c’est-à-dire de diffuser l’art contemporain actuel aux artistes et au public vietnamiens. Chapeau à tout ce groupe réunis par une cause commune; ouvrir les volets sur d’autres réalités. Ils sont animés par le feu sacré.
Expo Tam Ta :
Nguyen Van Phuc / Nguyen Huy An / Vu Hong Ninh / Nguyen Tran NamCommissaire : Tran Luong
Sur une note personnelle, l’idée de monter un événement Pecha Kucha, ici, au Vietnam, serait une occasion formidable pour fournir un outil de communication et de dissimination d’idées.
_ _ make a road for the spirit to pass over

solstice/flyer promotionnel
La pertinence d’une discussion avec un ami philosophe me pousse à poursuivre cette réflexion avec vous. Voici le topo : malgré la proximité des autres et les innombrables gadgets de communications actuels, il semble que nous soyons toujours et de plus en plus, seuls avec nous-mêmes. Le défi est d’apprendre à vivre avec cet individu qui a parfois des idées, envies et désirs conflictuels.
C’est probablement ce qui fait notre humanité; cette propension si facile à pencher vers le paradoxe. Est-ce du fait de notre «double» constitution, ce corps physique et cet esprit intangible? L’idée est de balancer les deux dans cet univers matériel où notre désir d’absolu ne cesse de crier au secours. Les nouvelles technologies et la société de l’image ne font qu’augmenter cette distance entre ces deux pôles aux besoins si conflictuels. Comment évoluer avec nos gadgets et la facilité qu’ils procurent sans perdre de vue ce qui constitue notre humanité? Malheureusement, la mesure actuelle du progrès se résume à ceci : plus une société exerce un contrôle sur la nature et ses processus, et plus elle est considérée comme développée!
Faudrait-il changer notre barème?
Considérer d’autres aspects?
Sinon, jusqu’où cette ligne de pensée nous conduira?
Je n’en connais pas la mesure. Mais comment peut-on se distancier de ce qui fondamentalement nous compose et supporte le fait même de notre existence? C’est être profondément inconscient que toute chose fait partie d’un ensemble interconnecté et interrelié.
La distance que nous mettons entre nous et la nature m’inquiète de plus en plus.
Il semble que la progression exponentielle de la technologie (exécutée par la collectivité) soit très différente du rythme naturel humain (qui lui est personnel). Je crois que c’est un peu pour cette raison que les changements sont si lents à opérer dans la collectivité; car ils doivent se faire à partir de chaque individu.
Le 3e siècle sera spirituel ou ne le sera pas (qui a dit ça au juste?)
*Je sais que mes observations peuvent paraitre denses ou fragmentaires, c’est que je rédige présentement deux articles; un sur la porosité entre les arts et le design, l’autre sur le sujet de la transformation dans le design (pour le magazine PICA).
Réflexion en cours donc.
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