urbain
Shanghai en quelques mots et images
Shanghai est une ville gigantesque, gargantuesque. Son désir de croissance semble tout avaler sur son passage (y compris ceux qui y habitent, en harmonie avec elle sur un autre rythme, depuis des siècles).
- Métropole de 20 millions d’habitants;
- Centre économique et commercial de la Chine;
- Mélange hétéroclite de plusieurs styles et cultures (modelé des influences des différents conquérants et colonisateurs qui y sont passés);
- Le gouvernement offre des compensations à ceux qui déménagent (ou plutôt qui sont expropriés de leurs petites maisons, pour faire place aux immeubles à logement en hauteur). Mais avec la disparition de ces anciens quartiers, c’est tout un monde qui s’éteint. Les habitants perdent leur mode de vie plus traditionnel, leur relation avec la cité et les autres habitants se modifie;
- Difficile à décrire, mais cette ville est un paysage en soi, un paysage minéral très chaud où les traces du passé semblent être constamment effacées ou rééditées.
Visite de l’expo universelle de Shanghai
C’était ma première visite à une exposition universelle. Cela dit, j’ai beaucoup visité le site de Terre des hommes avec ma famille quand j’étais enfant, alors c’était un peu mon point de comparaison.
Je dois dire que je suis étonné de constater que le concept de design pour une exposition universelle n’a pas vraiment changé depuis le siècle dernier. Des photomontages, des images qui défilent sur des rouleaux, des artéfacts et objets locaux à vendre, des spectacles de danse traditionnelle, des projections, des projections, et je vous l’ai tu dit, des projections?!
Dans la surabondance des outils de communication actuels, la présentation d’objets, d’images, de films et de sons ne suffit plus, il faut offrir plus au public de plus en plus averti. Dans le cas du design d’exposition, il est impossible de parler uniquement d’un travail graphique et de mise en valeur des objets. Il faut également considérer l’aspect du lieu (voir mon article à ce sujet). C’est une donnée incontournable dans le monde d’aujourd’hui. Principalement parce que l’expérience d’une exposition se fait dans le temps et l’espace, et non pas délocalisée comme peut se faire l’expérience d’autres médias comme la vidéo, la télévision, la musique, etc.
Les innovations dans le domaine du design d’exposition semblent graviter autour de l’expérience de proximité avec l’événement et de l’expérience spatiale du lieu. Mais c’est principalement l’architecture qui permet aux pavillons vedettes de se démarquer. Je pense en particulier à celui de la Hollande qui offre une expérience de visite extérieure en hauteur ou au pavillon de l’Angleterre avec son cube hérisson gigantesque.
Interaction et lieux
L’exposition de Shànghǎi capitalise, à sa façon, sur l’idée des réseaux sociaux et du Web 2.0 : c’est à dire à l’inclusion active du public. D’ailleurs, on devrait maintenant parler d’utilisateur plutôt que de public, ça me paraitrait plus juste. Cette participation se manifeste dans les interactions possibles au sein des pavillons eux-mêmes, mais également dans l’expérience qu’offre l’architecture à proprement parler : les volumes, les textures, les parcours physiques et visuels, l’expérience spatiale et le déplacement dans le lieu. Ce sont ces pavillons, ceux qui offrent la plus grande expérience du lieu, qui semblent toucher et marquer le plus les visiteurs (les interminables files d’attente sont là pour en témoigner!)
La rue comme espace de vie (suite à chacun sa place dans le trafic)
Au Vietnam, la relation qu’entretiennent les gens avec l’espace public est très différente de celle que nous (Occidentaux) pouvons avoir avec celui-ci. J’ai vécu une petite introduction de ces différences culturelles au Japon il y a quelques années, mais le Vietnam repousse davantage cette frontière entre la sphère publique et la sphère privée. En fait, les Vietnamiens vivent leurs activités quotidiennes à même la rue, le trottoir et les espaces qui mènent jusqu’à l’intérieur de leur demeure.
C’est toujours avec émerveillement que je remarque ces profondes différences culturelles et sociales. Par exemple, le forgeron qui redresse sa barre de métal chauffée à blanc sur le trottoir en face de son atelier, en gougounes s.v.p! Les matériaux de construction, tuyaux municipaux et déchets qui entravent la circulation – on doit les enjamber à nos risques et périls (encore en gougounes). Les repas pris directement dans la cuisine du « resto » (qui fait également office de salon avec les trois enfants qui regardent la TV)… Il ne semble y avoir aucune séparation entre la rue, le trottoir, les commerces et parfois même le logis. Ce sont des usages de l’espace urbain auxquels nous ne sommes pas trop habitués, nous qui sommes plutôt enclins à séparer le domaine public de celui privé.
Je pense en particulier aux trottoirs, car ce sont souvent ces espaces mitoyens qui délimitent les sphères privées et publiques au sein de la trame urbaine nord-américaine. Mais dans une ville comme Hanoi, cette limite entre le public et le privé apparait plus perméable. C’est que l’espace mitoyen se prolonge d’un côté comme de l’autre. En d’autres mots, la sphère privée s’étend dans la sphère publique et vice versa. Dans cette situation, il est aisé de comprendre que ces lieux mitoyens possèdent plusieurs fonctions simultanées. En effet, les différents usages ne sont pas isolés, mais plutôt coexistants en harmonie.
Plusieurs facteurs sociaux économiques contribuent à la création de ces lieux particuliers : manque d’espace, densité de population élevée, climat humide et température chaude, rythme de vie plus lent, conditions économiques modestes, moyens de déplacement, etc. Mais ce n’est pas tant les causes qui m’intéressent que l’effet que cette plus grande perméabilité exerce sur les gens et la trame urbaine. Ceci induit une expérience de la ville totalement différente d’une ville typique nord-américaine. Il s’agit d’une expérience de proximité et un sentiment de communauté accrus. En d’autres mots, cette perméabilité influence complètement le paysage urbain, c’est-à-dire la relation des gens avec les gens et des gens avec les lieux. C’est une leçon de tolérance et d’échange que j’en retiens. Tolérance de l’utilisation que font les autres de l’espace public (selon leur besoin) et partage de son propre espace personnel à un moment donné. Et ça donne lieu à de belles rencontres et à une expérience du lieu unique.
À chacun sa place dans le trafic
Il n’y a pas beaucoup de voitures à Hanoi, mais cela ne signifie pas pour autant que les gens se promènent à pieds. Le scooter et les motorbikes sont LE moyen de transport ici. Ceci permet un meilleur flot de circulation (comparé à nos grosses voitures), notamment dû au ratio véhicule et nombre d’occupants. En effet, il n’est pas rare de les voir à 2, 3, 4 ou même 5 sur une petite moto! C’est le véhicule de toutes les situations.
Il est également fascinant de constater le genre de cohabitation entre les différents véhicules. Tout bouge en symbiose; bicyclettes, motos, voitures, camions et même les rares piétons. C’est un ballet coordonné qui se meut à un rythme constant : celui induit par le mouvement collectif.
Mais gare à soi si ce rythme est entravé! Tout le système, composé de plusieurs individus, cafouille et se percute! C’est une sorte de banc de poissons où la responsabilité de chacun se limite à prévoir ce qui se passe devant, à coup de klaxons pour avertir leur arrivé. Vérifier ses angles morts n’est pas pratique courante au Vietnam, tout comme les miroirs sur les motorbikes; c’est un luxe! Je suis toujours surpris (et heureux) de ne pas assister à plus d’accidents de la route. Il faut vraiment expérimenter la conduite d’un motorbike ici pour comprendre comment fonctionne la circulation. Le mouvement se caractérise par une constance – diminuant grandement les possibilités de rage au volant. Je retrouve ici une certaine image de ce que représente pour moi les théories sur le mouvement des Futuristes italiens. En effet, ce courant artistique du début du XXe siècle tentait « d’exprimer une sensation dynamique, une simultanéité des états d’âme et des structures multiples du monde visible » (Wikipédia). Une sorte de chorégraphie urbaine perpétuelle qu’il est possible de joindre à tout moment. Vive le voyage.
Au Vietnam, il n’y a pas de sot-métier. C’est normal de voir un gars en vélo qui transporte des barres d’acier de 22 pieds de long jouer dans le traffic ou l’autre qui attends, assis sur le trottoir avec ses outils, pour réparer les crevaisons « on the spot ». Tous travaillent, à leurs façon, à augmenter leur condition de vie. Chacun prend sa place dans le trafic.
Ruine
L’esthétique de ruine me fascine beaucoup.
D’abord dans les lieux mêmes -les friches industrielles- pour leurs configurations spatiales uniques, mais aussi dans l’état actuel de la création de vouloir réactiver cet esprit de dérive, d’entropie, d’histoire à renverser, à dépasser collectivement.
Je pense également aux graffitis et au design graphique qui ajoutent des strates et des strates de sens et d’histoires superposées afin de créer une surenchère visuelle dense et diversifiée. C’est l’image de la ruine : comme ce mur d’affiches sur la rue remplit de la mémoire d’années de promotions, de propagande et de factures graphiques diverses. Cet espace, devenu dépositaire de la mémoire d’un pan de la société, agit comme une espèce de ruine, une ruine verticale qui possède une patine du temps composé de toutes ces traces graphiques. Cette ruine contemporaine permet d’assoir notre réalité dans un continuum plus large que notre simple petit quotidien. C’est ce que le paradigme de la ruine permet. Un déplacement contextuel, un rappel des événements et moments clefs de notre histoire, un souvenir de nos aspirations à un temps donné, un souvenir de nos rêves à un temps donné, dans le seul espoir un jour de pouvoir les atteindre, ou les dépasser.

Bâtiment Redpath, 2001

Bâtiment Redpath, 2001

Bâtiment Redpath, 2001

Bâtiment Redpath, 2001
Orange Works
Debout tôt ce matin à la maison [ce que le décalage horaire a de bien au retour de Paris] j’ai pu prendre le temps de revisiter certains projets que j’ai découvert lors de mon voyage. Le projet Orange works m’a interpellé. Il s’agit d’une collaboration entre les artistes John Hawke et Sancho Silva.

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La collaboration entre l’artiste Sancho Silva et John Hawke a produit des résultats fort intéressants. Cette série, intitulée Orange Work, fait référence aux matériaux et à l’imagerie des acteurs de la construction urbaine. Cette série de projets se décline par des installations en milieu urbain. Certaines légales, d’autres plus subversives, elles s’adressent toutes au public qui anime ces villes et ces quartiers. Des petites installations qui contribuent à modifier et bonifier l’expérience de vie au sein de la ville.
J’aime bien ce genre de projets qui modifie la perception et la relation du public à l’art actuel. Plus qu’une simple contextualisation d’oeuvre dans les espaces de vie du public, ce genre de projet permet à celui-ci d’expérimenter les oeuvres, de les vivre et les toucher. Une désacralisation de l’objet par l’usage.

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Conférence : L’espace public, espace des possibles? à l’université Paris 1
Vendredi, profitant de mon séjour ici, j’assisterai [s'il me reste du temps!] à la conférence portant sur les projets utopiques insérés dans l’espace public à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
«Trois interrogations au cœur de cette rencontre : à quelles conditions les scénographies urbaines sont-elles créatrices d’utopies ? Comment « rendre le possible à nouveau disponible » ? « La perte de l’anticipation artistique et politique serait-elle fatale à l’art » (Bruno Schnebelin) ?»
Cette rencontre risque d’être fort intéressante. Décidément, il y a mouvance vers la création d’espaces projectuels ainsi que des lieux de rencontres sociaux au coeur de la ville. C’est une problématique plus qu’actuelle. La culture du projet peut espérer opérer cette cicatrice conciliante entre les utopies modernistes et la réalité complexe de nos villes contemporaines. Je crois que le 21e siècle sera celui de la métaphysique du réel.
Résolument, ce voyage s’est avéré plus que productif!
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